MISS CATASTROPHE : TOME 1 – CHAPITRE 1

– CHAPITRE 1 –

STORYTIME #85 : JE SUIS TOMBÉE SUR UN GARÇON MIGNON !

     Je remets en place mon serre-tête dans mes longs cheveux châtains. Les oreilles de chats fixées sur l’accessoire métallique sont noires, avec du houx et une clochette dorée. J’en ai toute une collection, des dizaines. Ce petit félin est mon symbole. Mon emblème. Parce que je suis un véritable chat noir.

     J’inspire profondément, réajuste mon pull en laine épaisse rouge à pois blancs. J’adore les pulls de Noël, ils sont délicieusement désuets. J’aime globalement tout ce qui est ringard. Passé de mode. Voire ridicule. C’est un goût que je n’explique pas, car ma sœur et ma mère sont de véritables accros de la mode. Et mon père s’habille d’une manière si classique qu’il donne parfois l’impression de vouloir se fondre dans le décor.

     Mon pull est trop grand pour moi, il couvre en partie ma jupe vert sapin plissée et mon ventre rebondi. Je secoue la tête pour faire tinter la clochette. Ce petit son a un savoureux goût de Noël et me rappelle la cloche qu’agitent les Père Noël des centres commerciaux. Je suis dingue de cette fête, des traditions. Et il faut reconnaître que ma gourmandise n’y est pas pour rien. Gâteaux de noël, pain d’épice maison, cheese-cakes à la crème de marron, ou encore les sucres d’orge, tout me fait envie.

     Assise sur mon lit, je fixe l’objectif de l’appareil photo reflex que j’ai piqué à ma grande sœur. La vidéo enregistre déjà. Oh, je ne suis pas une grande vidéaste. Juste une petite youtubeuse qui frôle à peine les dix mille abonnés. Un minuscule poisson dans l’océan de Youtube, surtout du Youtube Game américain.

     — Je suis une catastrophe, je soupire.

     Toutes mes vidéos « storytime » commencent de cette manière. Je suis connue sous le pseudo « Miss Catastrophe ». Sur le net, je raconte ma vie. Je parle de ma passion pour la pâtisserie, de mes gaffes à répétition et de ces fois où on se moque de mon embonpoint. Je n’ai pas envie de gloire, je suis seulement heureuse de partager mon quotidien avec des gens et de savoir que j’apporte un peu de bonne humeur dans leur vie, car ils rient de mes étourderies. Et j’aime l’idée de réconforter les filles qui, comme moi, ne rentrent pas dans du 36. Je pense qu’on peut être jolie, peu importe son poids.

     Je souris à l’objectif. Mon visage est grossi, mes taches de son qui constellent mes pommettes et mon nez y sont ridiculement grandes. Mes joues, déjà bien rondes au naturel me font ressembler à un personnage de dessin animé. Et pas à ces filles canons dans les séries qui sont censées avoir seize ans, tout comme moi.

     — Aujourd’hui, je suis tombée sur un beau garçon à la cafétéria.

     Rien qu’en me remémorant la scène, un rire gêné m’échappe. Je mordille mon ongle vernis en doré. 

     — C’était le repas de Noël. On a tous eu un immense verre de lait de poule. Et vous savez combien j’aime tout ce qui est sucré… Et avec de la cannelle. La cannelle, c’est la vie.

     Mes papilles se réveillent, je salive à l’idée d’une brioche à la cannelle. Du coin de l’œil, je regarde la bougie épicée qui brûle dès que je suis dans ma chambre. J’aime quand elle m’enveloppe d’une odeur gourmande. Maman dit que je devrais être un peu plus raisonnable sur les sucreries, mais c’est plus fort que moi !

     — Et là, j’ai vu ce garçon. Je vous en ai déjà parlé, c’est le footballeur super mignon avec des fossettes. Monsieur Fossettes.

     Monsieur Fossettes, un personnage récurrent sur ma chaîne. J’en bave pour lui depuis notre arrivée au lycée. Il est blond, grand, avec une mâchoire carrée et de beaux yeux noirs. Juste en y pensant, je soupire. Malheureusement, Monsieur Fossettes n’a d’yeux que pour les cheerleaders et ses crétins d’amis s’amusent à gonfler leurs joues lorsqu’ils me croisent. Je dois avouer que lorsqu’ils font ça, mon petit cœur se pince douloureusement. J’aimerais qu’un garçon voie en moi plus que mes rondeurs. J’aime ma silhouette toute en courbes. Mais à force de se faire matraquer à coup de corps parfaits factices sur Instagram, la visions de ce qu’est un physique idéal devient juste l’admiration de corps qui n’existent pas.

     J’aimerais qu’un garçon rentre chez lui en songeant à moi. Qu’il y pense le matin au réveil. Qu’il espère me croiser dans les couloirs et, qu’à ce moment précis, ma présence suffise à faire s’emballer son cœur. Et puis, un jour, il viendrait et il me dirait qu’il m’aime…

     Je rêve. Je me fais mon petit film dans mon esprit, un sourire niais aux lèvres. Mais je dois revenir à ma vidéo. Je secoue la tête et fixe l’objectif. Je me suis promis de ne jamais dire le prénom du sportif dans les vidéos. En fait, la seule personne que je nomme, c’est ma meilleure amie Amy qui est déjà apparue à mes côtés pour des recettes. Pour le reste, je préfère entretenir le mystère. Je trouve ça plus respectueux envers ceux qui subissent ma maladresse légendaire.

     — Donc, je me suis approchée. J’étais bien décidée à lui proposer d’aller au cinéma ou à la patinoire. Il n’était pas avec ses copains débiles. Pour une fois, il était atteignable. Je pouvais lui parler ! Et par parler, je veux dire autre chose que « ouais », « cool » ou « naze ». En plus, il a croisé mon regard sans faire ce truc débile avec ses joues.

     D’une manière générale, quand je suis face à lui, je bloque. Je me mets à bégayer et il n’y a que ces trois mots qui sortent. Mais là, j’avais du courage. J’étais prête. Je me motivais intérieurement en me répétant que j’étais la meilleure. J’avais ce pull génial de Noël avec un renne au nez rouge qui clignote. Et j’avais suivi un tuto super pour avoir un regard de biche. J’étais clairement au meilleur de moi-même !

     — Alors, j’ai pris une démarche sexy. Vous savez, quand on balance ses hanches. Je lui ai fait un grand sourire et… BAM !

     Je marque une pause, mes joues rougissent. J’entends encore les rires dans le réfectoire et la voix d’ours contrarié de Monsieur Fossettes.

     — Je suis tombée sur lui. Au sens propre du terme. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée, mais je me suis fait un auto croche-patte ! Résultat, le lait a volé sur son tee-shirt avec la dinde et sa sauce.

     J’enfouis mon visage dans mes mains. Il est bouillant.

     — Il a hurlé ! Pas parce que je l’ai brûlé, mais parce que sa veste de l’équipe était foutue ! Du coup, je me retrouve obligée de claquer une partie de mon argent de poche pour payer le teinturier. Il était furieux…

     Je ne le prends pas mal. Je suis habituée à tout faire foirer d’une manière ou d’une autre. Et je sais que mes abonnés le prennent aussi à la rigolade. Ce qui compte c’est de dédramatiser la chose. Au final, ce n’est pas si grave. Il n’y a que mon petit ego qui en souffre.

     — Je ne sais même pas si le pressing va réussir à rattraper sa veste… Vous savez combien ça coûte une veste neuve ? Eh bien je vais vous le dire, ça va chercher dans les vingt heures de boulot, au moins. Une vraie fortune ! Si je dois lui en racheter une…

     Je me mords la lèvre. Je ne peux compter que sur mon boulot au salon de thé de mon père. Il est bien la seule personne de cette ville à me faire confiance au vu de ma propension à déclencher des catastrophes. Avant, je faisais du baby-sitting, mais j’ai dû abandonner à cause des divers incidents que j’ai provoqués. Mais me consacrer au salon de thé de mon père me convient finalement. 

     — Enfin bref. Je vous donne rendez-vous au prochain épisode pour savoir si la veste a pu être sauvée. Et si mon ego s’en remet.

     L’heure tourne et ma mère ne va pas tarder à m’appeler pour notre sortie traditionnelle du dernier jour d’école de l’année.

     Je conclus ma vidéo avec le sourire. Maintenant que j’ai raconté ma mésaventure, je peux en rire. Quand je repense à la tête de Lux. Il était fou. Complètement fou et ahuri à la fois. Une adorable pom-pom girl ne s’est pas privée de me glisser qu’au moins, en étant sur la veste de Lux, le menu de Noël ne risquait pas de me faire grossir davantage.

     J’admets, j’ai eu envie de la mordre.

     Je rumine en transférant la vidéo sur mon ordinateur. Amy en a pleuré de rire. Elle m’a vue tenter de nettoyer sa veste avec les serviettes en papier de la cafétéria qui étalent plus qu’elles n’absorbent. Si elle avait entendu la cheerleader, elle lui aurait sûrement fait avaler ses pompons.

     — Maine ! Descends, on y va ! hurle ma mère depuis le rez-de-chaussée.

     Je passe devant mon miroir décoré de polaroïds pris avec ma meilleure amie. Je remets un peu de rouge à lèvres nude et du fard doré pour faire pétiller mon regard brun. Une touche de parfum et je descends quatre à quatre les marches couvertes d’une moquette moelleuse crème. Ma mère a déjà passé sa veste et mis son énorme écharpe. Ma sœur hésite entre une doudoune et un manteau molletonné. Peu importe son choix, sa silhouette élancée sera de toute façon mise en valeur. Au début, je la jalousais réellement. Puis, avec le temps, j’ai appris à m’aimer.

     — Votre père est déjà là-bas. Seattle, tu te décides pour ta fichue veste ?

     Maman s’impatiente vite. C’est le genre de businesswoman qui aime que tout soit fait dans la seconde, méthodiquement et efficacement. Je glisse mes pieds dans mes bottes fourrées, mes collants en laine épais vont me protéger du froid. J’opte pour une écharpe aux motifs festifs. Ma sœur enfonce son bonnet sur ses ondulations acajou. À dix-huit ans, Seattle fait bien plus mature que moi. Son maquillage est parfait, comme toujours. Elle a tout d’une dame dans ses vêtements soigneusement choisis. Et moi, je suis une gamine. Ma sœur a tout pris de notre mère. Ses traits gracieux, son regard d’émeraude, sa photogénie. J’ai plutôt pris de papa. Son nez retroussé. Ses taches de rousseurs. Mais pour ma maladresse, personne ne sait d’où elle vient.

     Dehors, chacun de mes pas fait crisser la neige. Nous avons l’habitude des Noëls blancs : nous vivons en altitude dans les Appalaches, dans un village si parfait qu’il a inspiré des décors de parcs d’attractions. Ici tout est beau, comme figé au début du XXème siècle. Il y a même des habitants qui se déplacent avec de gros chevaux de trait à la longue crinière tressée.

      Ma sœur se prend en selfie. Son Instagram est ultra suivi, c’est une véritable influenceuse qui se fait solliciter par les marques. Elle poste chaque instant de sa vie qu’elle a enjolivée pour donner la sensation que son existence est un rêve. Une vie où je n’existe pas, sur ordre de Maman. J’admets que, sur le coup, cette décision m’a fait très mal. J’ai eu l’impression que je n’étais pas assez bien. Que j’étais une sorte de honte. Puis, ma mère m’a expliqué qu’en fait elle voulait juste me protéger. Elle n’a pas envie que ma sœur me livre en pâture sur les réseaux. Je crois que si elle apprenait pour ma chaîne, elle péterait un plomb !

     Maman déverrouille le pick-up aux couleurs de l’entreprise qu’elle représente dans ses ventes à domicile. La banquette avant a trois places, je me glisse au milieu.

     Je frissonne, monte le chauffage au maximum. La nuit est déjà tombée. Les flocons ont l’air de voler en direction du pare-brise tandis que nous roulons. Dans le faisceau lumineux, la neige tombe de plus en plus fort. Les lumières jaunâtres des lampadaires de notre banlieue tranquille se reflètent sur la neige, comme des flaques de soleil.

     J’adore la neige. Elle a le don de tout rendre féerique, merveilleux. Les immeubles sont bas, leurs façades ouvragées comme faites de dentelles de bois. Chacune a sa couleur pastel. Bleu. Jaune. Rose. Vert. Les toits sont pointus, en ardoises, recouverts par la neige abondante qui s’y fixe malgré l’inclinaison. Le chasse-neige est passé dans l’avenue principale. Les cahotements des pavés font une sorte de mélodie, un peu comme lorsqu’on prend le train.

     Chaque commerce a son enseigne en fer forgé soigneusement ouvragée. Ma préférée est naturellement celle de mon père. D’ailleurs, nous passons devant son salon de thé : la théière fume et se balance au gré du vent. Il y a quelque chose de magique dans ces enseignes animées au mécanisme invisible.

     La vitrine est encore éclairée, bordée par les fameuses dentelles de bois. Des gâteaux reposent sur des présentoirs en verre, véritables œuvres d’arts. Mon père est le meilleur pâtissier de la région. Il a des gens qui viennent de New York pour lui passer commande. Comme toujours, mes yeux pétillent devant son talent. Je rêve de pouvoir l’égaler.

     La circulation se densifie à mesure que nous arrivons au cœur de la ville : un énorme gymnase qui fait tourner l’économie locale. Le Pin Valley Gymnastic Club réunit les talents les plus prometteurs des Etats-Unis. De nombreuses familles d’athlètes se sont installées dans notre petite ville depuis que le club est devenu ultra coté après les Jeux Olympique de Beijing. En 2008, ce sont trois gymnastes issus du Pin Valley qui ont remporté des médailles. Depuis, l’équipe nationale s’entraîne ici une fois par mois pour évaluer chaque membre.

     Le gymnase est éclairé par des spots. Le parking est blindé, nous sommes obligées de stationner sur le trottoir. Une grande banderole annonce le gala de fin d’année. C’est l’occasion pour les habitants de découvrir les performances des gymnastes. Les entraînements sont libres d’accès, n’importe qui peut y aller. Mais il y a une sorte d’accord tacite qui s’est installé entre les familles des athlètes et les habitants de notre ville : les entraînements, c’est pour les proches. De ce fait, le gala de fin d’année est devenu un rendez-vous incontournable qui rassemble tous les habitants. 

     Une jeune fille en justaucorps et jogging nous accueille dans l’immense bâtiment pour nous placer dans les gradins. Ses cheveux sont soigneusement attachés en chignon et ses bras musclés nous désignent un banc libre. Je lui abandonne ma veste et mon écharpe. Mes yeux se lèvent au plafond si haut que j’en ai le vertige.

     Les néons sont aveuglants. Le public piaille. J’aperçois Lux au premier rang, il tient la main d’une fille, sûrement une cheerleader. Elles sont tellement nombreuses que je n’ai pas retenu tous les visages. Mais les types comme lui sortent toujours avec ces filles. Les sportifs ne s’intéressent jamais aux têtes de classes ni à cette maladroite enrobée incapable de tenir correctement un plateau. Non. Moi, je suis transparente. Et je n’existe que lorsqu’on se moque de mon poids ou quand je fais une gaffe. J’aimerais briller. Et, ne pas mériter d’être considérée par les autres m’a longtemps labouré le cœur. Aujourd’hui encore, j’en porte des séquelles.

     Mon regard glisse sur le côté, vers une sorte de loge en hauteur vitrée. C’est là que se réunissent les familles des sportifs. Ils vivent dans un quartier à part. Ils s’asseyent dans une zone à part. Les athlètes ne vont pas à l’école et ont des cours avec des profs particuliers, à part. Si d’aventure on oublie qu’ils font partie d’une élite, on est vite rappelé à l’ordre. Cependant, ces familles aisées font vivre la plupart des commerces. Alors même si je leur trouve des airs de perroquets hautains dans leur nid vitré en hauteur, je dois reconnaître que notre ville reste belle grâce à l’argent injecté dans l’économie locale.

     Ma sœur pianote sur son téléphone avec ses ongles vernis en rose fluo, des notifications ne cessent d’envahir son écran. Je ne l’envie pas. Ce doit être épuisant d’avoir sa vie réelle et cette existence numérique exigeante. Maman se dévisse le cou pour trouver Papa dans la cohue des traiteurs qui montent le buffet. D’un coup, la lumière baisse, seuls les éclairages des appareils restent. Les gradins sont pleins à craquer. Il y a un mélange de parfum et de sueur imprégné dans les lieux.

     Le gymnase a été refait à neuf l’été dernier. Il est d’un bleu turquoise flashy qui change résolument de l’ancien bleu marine. Cette couleur n’est pas sans me rappeler l’espèce de violet-rose criard des Jeux Olympiques de Londres en 2012. D’ailleurs, c’est ici que s’est entraîné celui qui a remporté l’or, comme nous le hurle une immense plaque commémorative à côté de celle des J.O de 2008.

     Un homme en survêtement s’avance au milieu de la salle. Le célèbre coach Bradley. Il a gagné une médaille aux J.O, et il est sans pitié avec les gosses. Petite, j’ai voulu essayer la gym. J’ai tenu un cours avant d’aller pleurer dans les bras de ma mère. Il a vieilli, il est devenu sec, dévoré par une longue maladie. Ce qui le rend un peu plus effrayant.

     — Bonsoir. Merci d’être présents à notre gala annuel !

     Nous applaudissons, j’aime bien ce spectacle, il y a toujours une bonne ambiance. Ma sœur n’y prête même pas attention, le nez collé à son fichu écran.

     — Demain j’ai une séance photo avec Bio-tiful. Tu m’accompagnes ?

     Sa voix est une sorte de ronchonnement perpétuel. Comme si le simple fait de parler l’ennuyait profondément. J’appuie mes coudes sur mes cuisses. L’accompagner revient à être sa larbine pour la journée. Je m’en passe volontiers.

     — J’ai des devoirs, je prétends.

     — Dommage.

     Après un ultime coup d’œil désabusé vers cette droguée des réseaux, je me focalise de nouveau sur la performance des gymnastes. J’envie leur adresse, leur agilité. Il est certain que si je m’approche de la poutre, les pompiers auront intérêt à ne pas être loin. Je jalouse un peu ces filles qui peuvent sauter comme des puces et atterrir gracieusement. Je n’ai aucune agilité et me blesse à pratiquement tous les cours de sport.

     Soudain, une poursuite, un énorme projecteur, se focalise sur une violoniste en robe blanche vaporeuse. Elle est au milieu du grand carré où les gymnastes font leurs acrobaties.

     Puis, une autre lumière s’allume. Je retiens mon souffle. Il y a un garçon. Le plus beau garçon que j’aie jamais vu. Ses cheveux noirs sont brillants et ses yeux légèrement bridés. Je ne peux me détacher de la perfection de ses traits. Comme si cette magnificence était devenue une eau essentielle à la vie.

     Mon cœur tambourine dans ma poitrine, je n’ai jamais ressenti ça avant. Ce besoin de le voir. De détailler chaque mouvement. Ses muscles qui roulent sous sa peau. Sa poitrine qui se soulève à chaque inspiration. Je m’abreuve de sa silhouette athlétique, de ses mouvements si gracieux qu’on en oublie la rigueur des figures que la gymnastique impose.

     Sa performance me transporte. Il véhicule une émotion, habite l’espace. Il est aérien. Je n’ai aucun mal à l’imaginer en prince. Mais il a une tristesse si intense qui marque ses traits. Quelque chose qui paraît le blesser au plus profond de lui-même. Le prince aurait-il perdu son royaume ? Oui, c’est un Prince Déchu. Ses mouvements sont si fluides. Tout paraît si simple. J’écarquille les yeux. Il est magnifique. Tout simplement. Il me semble que le temps se perd, à la fois trop rapide et trop lent.

     Pendant un instant, ou une éternité, je suis dans un palais aux mille arcades d’or et de marbre blanc. Je suis au milieu de courtisans qui regardent l’héritier perdre sa place. Ce trône qui lui revenait. Je louvoie entre les robes imposantes, dans une myriade de couleurs, dans un camaïeu d’émotions. Il invente un univers, le brode à chaque geste.

     J’oublie cette foule autour de moi. Je ne vois plus que lui. Mon cœur galope, tambourine si fort que j’en ai mal. J’ai une fascination. Le besoin soudain de le connaître. De savoir pourquoi il transpire cette tristesse venue de plus loin que l’interprétation.

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